Réponse à mon amie – 3

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Bonjour Sylvia,

Oui, j’ai bien reçu l’invitation pour le souper retrouvailles. J’aimerais beaucoup que tu puisses te libérer et qu’on y assiste ensemble. Je m’ennuie tellement de nos petits moments que l’on partageait ensemble. En plus, il me semble que ça te ferait du bien de sortir et de revoir nos vieux ami(e)s. Ça te changerait de ce quotidien qui me parait être de plus en plus lourd pour toi.

L’autre jour, en allant à la clinique, je suis tombée sur un document traitant de la violence conjugale. J’ai tout de suite eu une pensée pour toi. Je l’ai pris et me suis mise à le lire dans la salle d’attente. Cette petite brochure intitulée « Briser le silence » m’a bouleversée, tant j’y voyais des similitudes avec ton histoire. On y parlait des formes de violence, mais surtout de l’installation d’un cycle qui caractérise la violence dans un couple. Ça m’a tellement rappelé ta dernière lettre que je m’y suis reprise par deux fois pour le lire. Au départ on y parle d’une forme de lune de miel. À ce moment, dans le couple, tout semble sous contrôle et le plaisir est présent. Ça me semblait être les bons moments que tu me racontes vivre avec Paul lorsqu’il est attentif à tes besoins et ce qui fait que tu l’aimes tant. Mais, petit à petit, s’installe une tension dans la maison, sous prétexte souvent que les choses ne sont pas faites comme Paul le voudrait. Ça m’a rappelé les incidents où tu me disais que tout doit être fait à sa façon et que tu ressens un malaise à l’idée de lui déplaire. On y écrivait que cette tension peut se manifester de plusieurs façons : longs silences qui torturent, absences prolongées qui inquiètent, menaces, ton agressif, gestes brusques.

Je le vois bien que lorsque tu sens un climat de menace et de tension, tu tentes par tous les moyens d’apaiser Paul. Lorsque tu surveilles tes gestes et tes paroles pour éviter de le contrarier ou que tu calmes Samuel pour ne pas qu’il dérange. N’as-tu pas parfois l’impression de tout faire pour t’ajuster à ses besoins ou d’être insécurisée par ses brusques changements d’humeur? Je sens que malgré cela, la peur est présente. Paul te semble perdre le contrôle de lui-même. En fait, il est aussi mentionné que c’est une prise de contrôle sur l’autre qui caractérise la violence conjugale. J’imagine bien à ce moment à quel point tu peux te sentir dépassée, démunie, découragée. J’ai cru comprendre dans tes lettres qu’après une agression, Paul veut se réconcilier. Il te demande pardon, te complimente et t’offre des cadeaux. Souvent, j’ai l’impression qu’il te laisse croire que c’est à cause de toi, du stress, du travail, du petit, ou même d’une soirée de retrouvailles qu’il a éclaté. À cause de tout, sauf de lui-même. Devant ces justifications, peut-être crois-tu qu’en modifiant tes comportements ou ton attitude, la violence va se résorber? J’ai vraiment la conviction que tu te nourris d’espoir que ça change et je te comprends d’espérer, mais, comme tu me l’as écrit dans ta dernière lettre, les bonnes résolutions durent de moins en moins longtemps. Sylvia, tu es importante pour moi et je ne veux surtout pas te dicter ta conduite, mais tu mérites une vie sans violence. Tu sais, tu n’es pas seule dans ta situation, beaucoup de femmes et d’enfants souffrent en silence. Garde ton courage Sylvia, j’ai confiance en toi. Je suis ton amie et je suis là.

Élyse xxx