Lettre à mon amie – 5

Publié le


Bonjour Élyse,

Tu te souviens que dans ta dernière lettre, tu écrivais que mon corps me parle et qu’il me demande de réagir? En repensant à mes problèmes de santé, je me suis dit que c’était bien possible. Je suis donc allée voir un médecin au CLSC. Je lui ai parlé de ma fatigue, de mes insomnies et de ma nervosité. J’aurais voulu me confier davantage, mais je n’ai pas osé. Au moins, il m’a prescrit des médicaments et je dors un peu mieux.

Malgré cela, je suis très préoccupée. Si, comme tu dis, j’ai peu à espérer d’une thérapie de couple, je ne sais pas ce que je dois faire. Partir? Paul est le père de Samuel. Si je brise la famille, mon fils va en souffrir et mon mari aussi. Ils sont importants pour moi et je les aime. Je me suis mariée car je voulais un environnement stable pour fonder une famille aimante et solide. Je ne veux pas abandonner mon projet de vie parce que c’est plus dur que prévu. On a vécu tant de choses Paul et moi, on devrait passer au travers.

Et dis-moi, qu’est-ce que je ferais toute seule avec un jeune enfant? Le quotidien serait peut-être encore plus pénible. Je suis tellement épuisée, est-ce que je serais capable d’élever mon fils toute seule? Ou pire encore, de vivre sans lui si jamais son père en avait la garde exclusive? Et financièrement? Déjà avec deux salaires, nous avons des fins de mois difficiles. Je ne voudrais pas que mon fils soit privé à cause de mes choix.

De toute façon, Paul n’accepterait jamais que je parte avec Samuel. L’autre soir, il m’a dit que, si un jour je le quittais, je pourrais m’attendre au pire. Il n’a rien ajouté mais, comme nous venions d’entendre un reportage sur un drame familial, ça m’a troublée. La vérité, c’est que j’ai peur Élyse. Peur de la solitude, du jugement de ma famille, peur de me tromper, de ne pas être à la hauteur, peur du changement, mais peur que rien ne change aussi. Et j’ai peur de Paul maintenant.

Si seulement il voulait aller chercher de l’aide. Mais il trouve que c’est moi qui suis trop sensible et que je m’en fais pour rien. Il n’y a pas de problème d’après lui. Je suis tellement déprimée. Je ne vois plus d’issue. Parfois je me dis que s’il n’y a que moi qui suis malheureuse dans la maison, c’est peut-être que Paul a raison. Alors, j’essaie de me concentrer sur les bons côtés de ma vie, mais ce n’est pas facile tous les jours.

En terminant, je te remercie de m’avoir transmis les coordonnées des maisons d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Mais, j’hésite à appeler. Les intervenantes ont certainement des situations plus urgentes que la mienne à régler. Mais je les garde à portée de la main. On ne sait jamais.

Merci de te préoccuper de ma santé et de ce que je vis en ce moment. Tu es une véritable amie et je sais que je peux compter sur ton aide et ta franchise.

Sylvia