Jour: 14 mars 2013

Réponse à mon amie – 12

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Ma nouvelle Sylvia,

Wow, comme tu es efficace ! Tes démarches avancent à grands pas. C’est vraiment agréable de penser que tu seras bientôt chez toi. Cela doit t’enlever un brin de pression.

En lisant ta lettre et le passage sur l’exercice du cercle, j’ai pensé à un article paru dans une revue. Tu sais le genre que j’adore, avec les petits tests psychos-pops rigolos. Un psychologue y parlait des différences dans l’éducation des hommes et des femmes. Il abordait la socialisation en énumérant ce que la société attend d’une fille et d’un garçon. Selon lui, encore aujourd’hui, une femme se doit d’être douce, émotive, serviable, séduisante, toujours prête à aider les autres tout en étant une bonne fille, une épouse dévouée, puis une mère aimante et une grand-maman disponible. Il parait même que de s’inquiéter pour ses proches est un comportement socialement désirable pour une femme. C’est une preuve d’amour. En bonne mère de famille, on s’inquiète pour nos enfants, nos parents, nos amies, notre mari.

Pour un homme, la société attend de lui qu’il ne montre pas trop ses émotions. Sa colère est plus acceptée que celle des femmes, mais il doit être fort, autoritaire, protéger sa famille et tenir le rôle du pourvoyeur. Autrement dit, nos enfants apprennent dès le départ qu’ils seront valorisés s’ils adoptent des comportements stéréotypés. Lorsque j’ai terminé ma lecture, je me suis aussitôt écriée «Il faut que ça change!!!». Ma patronne se demandait bien ce que j’avais à m’exclamer ainsi au beau milieu d’une cafétéria bondée. Mais, impossible de me taire. Imagine ce que vivent les personnes qui n’entrent pas dans le moule ! Et sans un changement des mentalités, comment contrer la violence conjugale?

En apprenant à nos filles à se centrer sur les besoins et le regard des autres plutôt que de prendre soin d’elles, est-ce qu’on ne risque pas de créer un terreau fertile pour des rapports inégaux dans un couple et possiblement le contrôle et la violence? Je mentirais si je disais que je ne me reconnaissais pas en lisant cet article. Je suis présente sur le marché du travail et on attend de moi que je sois efficace et compétitive. Mais les responsabilités liées à mon rôle traditionnel demeurent et entrent souvent en conflit avec les nouvelles exigences que je dois rencontrer. J’ai tout de suite fait le lien avec ce que tu m’as raconté au sujet de ta belle-mère. Son air de reproche visait probablement à te faire sentir coupable de t’éloigner du comportement attendu de toi. La culpabilité est tellement présente dans nos vies… Ta belle-maman se sent responsable au point de se sacrifier pour le bonheur des autres. Mais, le prix à payer est très élevé, surtout dans un contexte de violence conjugale. J’espère qu’en te voyant faire, elle se dira qu’il y a de l’espoir, que c’est possible pour elle aussi de vivre sans violence…

J’ai hâte que l’on puisse échanger toutes les deux sur ce sujet si prenant devant un bon café latté et confortablement installées dans ton nouveau salon !!!

Grosse Bise xxx

Élyse

 

Lors d’un épisode de violence ou de menace : 911

Tu peux appeler à La Gigogne en tout temps au 418-562-3377 ou

par courriel intervenantesgigogne@hotmail.com

Lettre à mon amie – 12

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Chère Élyse,

J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai trouvé un appartement ! J’ai signé mon bail ce matin. Je suis tellement contente. J’avais peur de ne pas trouver à me loger à un prix abordable, car mes revenus sont un peu trop élevés pour avoir droit à un logement subventionné.

Une des femmes hébergées avec moi va déménager dans un appartement deuxième étape pour un an. C’est un type de logement qui permet aux femmes victimes de violence conjugale de réapprendre à vivre seule dans un lieu sécuritaire et supportant pour elles et leurs enfants. Il y a des règlements à respecter et le conjoint ne doit pas connaître l’adresse, mais c’est une protection supplémentaire pour cette femme car son mari est très dangereux. Moi, j’ai entendu parler d’une coopérative d’habitation qui recherchait un membre avec des aptitudes en comptabilité. Pile dans mes cordes. Ce n’est pas le grand luxe, mais il y a deux chambres et Samuel pourra se faire des amis car il y a des enfants dans l’immeuble. Je déménage dans trois semaines. Ouf ! Ça me donne tout juste le temps d’organiser mon départ.

J’étais stressée au début, car j’avais des choses à prendre chez moi. Mon père m’a offert d’y aller avec moi, mais j’avais peur que les choses dégénèrent si Paul était là. Heureusement, mon intervenante m’a dit qu’elle pouvait m’accompagner avec les policiers pour récupérer mes effets personnels. Lorsque j’y suis allée, ma belle-mère était là. Elle m’a regardé d’un air de reproche et je me suis sentie mal, mais tout s’est passé dans le calme. Les policiers étaient compréhensifs et je me sentais en sécurité. Tu sais, en repensant à mes beaux-parents, je me suis demandé si ma belle-mère ne vivait pas de la violence conjugale. Elle est si effacée et nerveuse quand mon beau-père est là. Il décide de tout. Elle ne réplique jamais quand il lui coupe la parole, lui manque de respect ou lui donne des ordres. Je sais qu’on lui a enseigné depuis qu’elle est toute petite qu’elle devait servir son mari et se sacrifier pour le bonheur des autres. C’est sans doute pourquoi elle prenait toujours la défense de Paul quand elle était témoin de ses agissements. Pour elle, la femme a la responsabilité de préserver la famille à tout prix.

Moi aussi, j’ai intégré des messages sur les devoirs des femmes et des mères. Je m’en suis rendue compte à la dernière thématique que nous avons eue. On devait préparer un cercle dans lequel on plaçait le nom de toutes les personnes importantes pour nous et l’espace qu’elles tenaient dans notre cercle. Eh bien, peux-tu le croire ? La moitié des femmes n’avaient pas inscrit leur propre nom dans le cercle. Et moi non plus! Ça m’aide de pouvoir partager avec les autres femmes hébergées. On se soutien, on se comprend et on se donne des trucs pour passer à travers les difficultés. Une de nos préoccupations est que nos garçons et nos filles vivent des relations saines plus tard. Qu’ils apprennent à s’aimer et à se respecter.

 

J’espère que mon départ aura démontré à Samuel que la violence n’est pas acceptable dans un couple. Je te recontacte bientôt. J’ai très hâte de pouvoir t’inviter dans mon nouveau chez moi.

Sylvia

 Lors d’un épisode de violence ou de menace : 911

Tu peux appeler à La Gigogne en tout temps au 418-562-3377 ou

            par courriel intervenantesgigogne@hotmail.com