enfants victimes de violence conjugale

Réponse à mon amie – 9

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Sylvia,

J’ai lu ta dernière lettre avec tellement d’enthousiasme, j’y ai appris tant de choses. Je ne savais pas qu’il existait tant de différences entre une chicane de couple et un événement de violence conjugale ! Les indices que t’a donnés l’intervenante sont des outils précieux qui amènent un nouvel éclairage sur ce que tu as vécu. Je t’entends encore me raconter dans tes premières lettres tout l’isolement que tu vivais et la relation avec ta mère qui en souffrait énormément. Tu devais même lui demander de faire attention à ses paroles devant Paul afin d’éviter les confrontations. Je te trouve bien courageuse, ma Sylvia, d’être capable d’ouvrir et de partager ton quotidien avec des personnes qui t’étaient inconnues il n’y a pas si longtemps. En même temps, cela doit être rassurant de constater que tu n’es pas seule et de pouvoir parler librement. En tout cas, moi de l’extérieur, je me dis que la violence conjugale, ça ne peut pas être seulement l’affaire d’une ou des femmes, c’est un problème de société !

Avec les dernières semaines, j’ai réalisé à quel point ce n’est pas simple d’identifier la violence conjugale qu’une femme peut vivre. Je me suis aussi questionnée à savoir si c’était par peur ou par ignorance que si peu de gens réagissent lorsqu’ils sont témoins d’une agression. Je sais par expérience que lorsqu’un couple de voisins ou d’amis se « chicane », personne n’a envie d’y mettre son grain de sel, même lorsque cela prend des tournures de violence. Déjà, le simple geste de téléphoner aux policiers permettrait de vérifier si quelqu’un a besoin d’aide et au besoin assurer la sécurité d’une femme et de ses enfants en cas de violence conjugale. Malheureusement, dans le cas contraire, le silence et l’indifférence isolent les victimes et cautionnent les agresseurs. Et je me suis dit, «si on a des doutes qu’une amie, une sœur ou une collègue est victime de violence, pourquoi ne pas lui remettre discrètement une carte, un dépliant ou le numéro d’une maison d’hébergement?» J’ai compris en t’accompagnant à quel point le fait de tendre la main peut faire une différence dans la vie d’une femme et d’un enfant.

Je suis si heureuse d’apprendre que vous êtes bien à la maison d’hébergement. De vous savoir en sécurité maintenant et à l’abri de cette violence qui vous détruisait à petit feu est une récompense en soi pour moi. En plus, j’ai bon espoir de bientôt retrouver ma complice d’autrefois avec sa fougue et son positivisme à toute épreuve. Reprends tes forces et reprends ta vie, car elle t’appartient.

Continue ton chemin.

Élyse

 Lors d’un épisode de violence ou de menace : 911

Tu peux appeler à La Gigogne en tout temps au 418-562-3377 ou

par courriel intervenantesgigogne@hotmail.com

Lettre à mon amie – 9

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Bonjour Élyse,

Je te remercie pour ta lettre pleine de sollicitude. Je savais que tu comprendrais ma décision de quitter Paul. J’avais bien senti ton inquiétude pour Samuel et moi. Aussi, je voulais te dire que nous nous adaptons bien à la vie en maison d’hébergement. Il y a des règlements et quelques tâches à faire, mais on m’a bien expliqué pourquoi à mon arrivée et je suis d’accord si c’est pour faciliter la vie communautaire. Tu sais, Sam s’est déjà fait de nouveaux amis. Une petite fille de son âge et un garçon un peu plus âgé. De mon côté, j’ai fait la connaissance des cinq autres femmes hébergées. Je ne mentionnerai pas leur nom pour respecter leur anonymat. La confidentialité est très importante pour assurer notre sécurité. Mais je peux dire qu’elles semblent très sympathiques. Au début, j’étais assez retirée et je n’osais pas parler. Je ne savais pas si j’étais à ma place ici. Mais hier, nous avons eu une rencontre de groupe sur le thème « Quel serait le bon partenaire pour moi? » et ça m’a permis de mieux les connaître. Je me suis reconnue lorsqu’elles parlaient de ce qu’elles avaient vécu avec leur conjoint. Il y avait des différences bien sûr, mais j’ai compris que je n’étais pas seule.

Au début de la thématique, on devait écrire ce qu’on cherchait d’un partenaire et ce qu’on ne voulait pas. Puis, on a parlé de la différence entre une relation saine et une relation où il y a de la violence conjugale. Je pensais que l’intervenante allait dire que la différence était l’absence de chicanes, mais non. Elle a dit de nous centrer sur ce que nous ressentons pendant un conflit avec notre conjoint. Si je sens que je suis dans un rapport d’égale à égal et que je peux faire valoir mon point de vue, je suis probablement dans une relation saine, même s’il y a de la colère. Mais si la discussion n’est pas possible, que je me sens agressée, dominée ou obligée de modifier mes comportements pour acheter la paix ou parce que j’ai peur, ce sont des indices d’une relation violente. Elle a posé des questions pour nous aider à faire la différence en analysant une chicane qu’on a eue dans le passé. Est-ce que tu sentais que ton conjoint voulait gagner du pouvoir sur toi? Est-ce que tu banalises les gestes violents qu’il pose ou te blâmes de sa violence ? Après une agression, est-ce qu’il te fait des excuses, des promesses, te donne des cadeaux ? Et enfin, qui est blessée, humiliée, appauvrie, isolée de sa famille ?

J’ai repensé aux disputes avec Paul. Je ne sentais pas que j’avais mon mot à dire. Même lorsqu’il s’excusait de m’avoir blessée, il trouvait le moyen de me faire sentir coupable de ce qui était arrivé. Et quand j’y pense, il finissait toujours par avoir gain de cause. Tu te souviens comment il a réussi à me convaincre de refuser cette promotion ? Il m’a fait sentir coupable, m’a crié dessus, bousculée et finalement il m’a eue en pleurant et en disant vouloir ce deuxième enfant qu’il m’avait toujours refusé. Je lui en veux pour ça, mais je m’inquiète pour lui. J’ai tant de choses à penser et à faire. Mon intervenante m’a rappelé que je venais d’arriver et que je pouvais prendre un peu de temps pour moi et Samuel. C’est vrai. Je vais refaire mes forces quelques jours.

Je te recontacte bientôt.

 Amicalement

 Sylvia

 

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Réponse à mon amie – 8

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Chère Sylvia,

Quelle bonne idée tu as eu de téléphoner de ton bureau afin d’obtenir de l’aide. Je crois que dans la situation explosive dans laquelle tu te sentais prise, c’était sans aucun doute la meilleure façon de faire afin d’éviter tout débordement de violence de la part de Paul. Je me suis bien gardée d’insister sur mes peurs la semaine passée pour ne pas t’inquiéter plus que tu ne l’étais déjà. Après tout, tu avais assez de tes angoisses sans vivre les miennes. Mais je dois avouer que je suis plus rassurée de te savoir désormais dans un lieu sécuritaire.

Quel soulagement ça doit être pour toi d’avoir pu enfin parler à quelqu’un de l’extérieur de ce que tu vis sans te sentir jugée. L’expertise des intervenantes qui travaillent en maison d‘hébergement te permettra assurément d’avoir un nouvel éclairage sur ta situation. Il y a énormément de femmes et d’enfants qui bénéficient de leurs services tout au long de l’année. J’ai réalisé l’ampleur du fléau lorsque j’ai lu un article la semaine passée dans le journal local où l’on pouvait apprendre qu’une Québécoise sur 5 risque d’être victime de violence conjugale dans sa vie, sans égard à son statut social, son âge ou son revenu. J’ai compris que la victime ça pouvait être tant la caissière du dépanneur que la directrice de l’école. Malheureusement, aucune femme ne peut se considérer à l’abri de la violence conjugale, pas même moi.

Ce sera sûrement facilitant pour toi de ne pas avoir de contraintes financières pour t’héberger, en plus de tout le reste qu’il te faut régler. Sans parler que si tu sens le besoin de rencontrer quelqu’un, il y a une intervenante sur place en tout temps.

De savoir que tu as des gens pour te soutenir, t’écouter et te conseiller est libérateur pour moi aussi. Je m’en faisais tellement pour toi ma grande amie. Cela dit, je sais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir afin que vous retrouviez, Sam et toi, une vie équilibrée. Mais, c’est un bien grand pas vers la liberté que tu viens d’accomplir.

Si jamais je peux t’être utile dans tes démarches ou si tu as besoin de quelque chose, n’hésite pas à m’en parler. Sur ce, je te laisse aller prendre soin de toi et de ton bout de chou. Embrasse-le pour moi.

J’attends d’autres nouvelles. Inconditionnellement!

 Élyse

 

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Lettre à mon amie – 8

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Ma grande amie,

J’ai du mal à y croire, mais ça y est… J’ai fait le grand saut. Je suis partie de la maison avec mon fils ce matin. Lundi midi, j’ai contacté une maison d’hébergement afin de prendre de l’information. Je ne voulais pas appeler de la maison, alors je suis restée dans mon bureau lorsque mes collègues sont sortis dîner. L’intervenante à qui j’ai parlé a pris le temps de m’écouter et de répondre à toutes mes questions. Elle était bienveillante envers moi et je ne me suis pas sentie jugée. Nous avons parlé de ce qui m’amenait à demander de l’aide, de ma relation avec Paul et de mes craintes. Nous avons regardé ensemble les options possibles pour moi, si j’avais un endroit sécuritaire où aller. Lorsque j’ai mentionné à l’intervenante que je craignais que mon mari ne vienne me harceler chez ma mère si je m’y installais, elle m’a demandé si j’avais envisagé la possibilité de venir en maison d’hébergement. Elle m’a parlé de la réalité de la vie communautaire et de l’aide offerte par les maisons d’hébergement.

J’ai été soulagée d’apprendre qu’il n’y avait pas de frais pour la chambre, les repas et les rencontres d’intervention pour les femmes et les enfants. Ça donne le temps de se remettre sur pieds. Elle m’a expliqué que leur maison était comme une grande demeure familiale avec des aires communes, dont le salon, la cuisine et la salle de jeux, quelques bureaux et des chambres privées. J’ai senti que c’était ce que je devais faire et j’ai demandé si on pouvait me réserver une chambre. Je voulais partir le plus vite possible, car j’avais peur que Paul ne se rende compte d’un changement dans mon attitude. Il y avait bien une chambre disponible pour Samuel et moi. L’intervenante m’a donc aidée à planifier mon départ de façon sécuritaire. Après avoir raccroché, je me sentais fébrile mais plus sure de moi.

Le lendemain matin, dès que Paul est parti pour le bureau, j’ai avisé mon patron que je n’irais pas travailler et j’ai informé l’école que Samuel serait absent. J’ai écrit un mot à Paul, puis j’ai dit à Samuel que nous allions dans un endroit pour nous reposer tous les deux. Ensuite, j’ai préparé nos valises et nous sommes partis. Trente minutes plus tard, je sonnais à la porte de la maison d’hébergement. L’intervenante nous a accueillis chaleureusement. Elle nous a fait visiter la maison. C’est calme et bien aménagé. Nous avons une chambre juste pour nous deux. On nous a présenté les autres résidentes. Ensuite, pendant que Samuel s’amusait dans la salle de jeux avec l’intervenante jeunesse, j’ai rencontré mon intervenante dans son bureau. J’ai pu parler de mes émotions, de mes craintes, de mes attentes. Cela m’a fait du bien. Samuel et moi sommes en sécurité maintenant.

Merci de m’avoir encouragée à foncer.

Je vais prendre le temps de m’installer et je te recontacte dès que possible.

 Sylvia

 

Lors d’un épisode de violence ou de menace : 911

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Services mères-enfants hébergés

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Les services offerts aux enfants et aux mères victimes de violence conjugale consistent à les supporter dans cette situation difficile qu’ils vivent, les accompagner, à outiller les mères pour qu’elles deviennent des agentes de changements et éviter la retransmission des comportements violents.

Pendant l’année 2011-2012, La Gigogne a hébergé 39 enfants. Il s’est effectué 537 activités pour les enfants et leurs mères hébergés. Ces activités sont réalisées selon les besoins des mères et des enfants et dans la mesure du possible, elles se font quotidiennement, tout au long du séjour. Les interventions peuvent être planifiées ou spontanées selon le contexte. Elles durent en moyenne entre 45 et 90 minutes.