Lettre à mon amie – 4

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Ma chère Élyse,

J’ai beaucoup pleuré en lisant ta dernière lettre. Si j’ai tant tardé à te répondre, c’est que depuis, on dirait que je n’arrête pas de me poser des questions et d’analyser tout ce qui se passe autour de moi. Pour en avoir le cœur net, j’ai été dans un CLSC près du bureau et j’ai pris discrètement un exemplaire du guide « Brisez le silence ». Au retour, je me suis installée au fond de l’autobus et je l’ai lu. J’avais l’impression qu’on racontait mon histoire et j’ai trouvé ça très troublant et dérangeant.

Tu sais, j’ai honte à l’idée que je pourrais être une victime et que l’homme que j’aime serait violent. En même temps, j’éprouve du réconfort à pouvoir mettre des mots sur ce que je vis et trouver un sens aux émotions contradictoires qui m’envahissent. Mais, je dois prendre le temps de penser à tout cela, je suis confuse. Je ne suis pas certaine que ma situation soit si grave. Il y a des femmes plus à plaindre, non?

C’est vrai que j’ai de plus en plus peur des réactions imprévisibles de Paul. Je suis blessée par ses méchancetés lorsqu’il est en colère. Mais il n’est pas toujours comme ça. D’un autre côté, si c’est vraiment de la violence conjugale que je vis, qu’est-ce que je devrais faire? Crois-tu que les choses pourraient s’améliorer si je consultais un psychologue ou un prêtre? Paul n’a pas confiance dans ces gens-là et j’hésite à lui en parler. Mais, il faut que je trouve une solution, ça ne peut plus durer comme ça.

C’est peut-être le manque de sommeil qui me rend plus émotive et sensible. Tu sais, je fais de l’insomnie depuis des semaines et je commence à ressentir de l’épuisement. La fatigue me rend nerveuse. Je suis tendue comme un arc. Encore hier, j’ai fait un tel saut lorsque Paul est arrivé derrière moi que j’en ai échappé l’assiette que j’essuyais. Je suis tellement maladroite parfois. Paul peut bien s’énerver contre moi, je casse tout et je pleure pour rien. Je ne me reconnais plus moi-même.

J’espère que tu ne m’en voudras pas si je te fais faux bond pour la soirée retrouvailles, mais je ne pense pas y aller finalement. Je n’en ai plus tellement envie. Je dois me reposer. J’ai déjà besoin de toute mon énergie pour arriver à boucler ma semaine de travail, mes tâches ménagères et mon rôle de maman. Je n’ai même plus la force de faire mes exercices quotidiens ou de lire un peu avant de m’endormir. Je n’arrive plus à me concentrer et on dirait que je relis la même phrase à répétition, c’est déprimant. Alors, je limite mes activités sociales pour économiser mes forces. De toute façon, je ne serais pas de très bonne compagnie. Déjà à la maison, Paul me trouve bien ennuyante. Il n’y a que mon petit Samuel pour dire que sa maman est amusante lorsque nous jouons tous les deux avant le retour de Paul. C’est le soleil de ma vie cet enfant.

Et me voilà encore émotive ! Merci de ta grande patience Élyse. Je t’embrasse.

 

Sylvia