Réponse à mon amie – 5

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Ma grande amie,

Comment te portes-tu? Je suis soulagée que tu dormes un peu mieux. C’est dommage que tu n’aies pas parlé de tout ce que tu vis au médecin, mais tu as fait un premier pas pour prendre soin de toi et je te félicite. J’ai bien réfléchi à nos échanges qui durent depuis quelque temps. J’ai de la peine de voir comme tu souffres, et je dois t’avouer que je me suis demandée plus d’une fois pourquoi tu ne quittais pas ce milieu empreint de violence.

De l’extérieur quitter peut sembler parfois si simple, si facile. On peut même se demander pourquoi une femme ne part pas dès le premier signe de violence. Mais je sais de tout mon cœur à quel point tu aimes ta famille et que tu veux prendre la meilleure décision. Je comprends également que la situation est loin d’être simple et qu’elle comporte plusieurs enjeux, c’est pourquoi je ne te juge pas. La société nous a longtemps convaincues que le mariage, c’était pour le meilleur et pour le pire. Mais pas dans de telles conditions Sylvia !

Les menaces voilées que Paul t’a faites cette semaine en disant que tu peux t’attendre au pire si jamais tu le quittais sont inacceptables. Je peux comprendre que, dans un tel contexte, tu aies peur que la violence augmente si tu te soustrais à son contrôle. Je vois bien à quel point tu dois faire face à des peurs, mais aussi à des deuils afin de te sortir de ce contexte de violence. Je t’entends lorsque tu me nommes ta peur de la solitude ou de ne pas être à la hauteur. Je sais que tu vis des craintes devant les changements à venir, la garde de Samuel et même les éventuelles difficultés financières. Mais je crois toujours que c’est possible de traverser ces épreuves, une à la fois, jour après jour. Le courage et la force dont tu as toujours fait preuve te seront de précieux alliés devant ces obstacles, car tu mérites une vie empreinte de respect et d’amour.

J’imagine que l’espoir que les choses puissent s’arranger fait que tu t’accroches fort à ton projet de vie. Je te comprends tellement, moi aussi j’aurais le cœur à l’envers à l’idée de quitter celui qui partage ma vie depuis toutes ces années. Sans parler du jugement de certains amis ou des membres de la famille. Peu importe le temps et l’énergie que cela prendra, je sais qu’un jour tu retrouveras une vie agréable et sans violence.

Cela me soulage que tu aies les numéros de téléphone des maisons d’hébergement dans ton sac, car tu sais, elles sont là pour toutes les femmes et les enfants vivant dans un contexte de violence conjugale. Elles offrent l’hébergement au besoin, mais aussi de l’écoute téléphonique et des rencontres de suivi avec des intervenantes. Je pense sincèrement que tu gagnerais à faire appel à leurs services, car j’ai l’impression que tes réserves d’énergie sont presque épuisées. Surtout, fais attention à toi. Tu es importante pour moi et je t’aime !

Élyse xxx