Réponse à mon amie – 11

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Chère Sylvia,

Je suis heureuse d’avoir de tes nouvelles et de savoir que Sam et toi avez enfin pu parler à cœur ouvert. J’ai été touchée par tes remerciements. C’est moi qui ai toute une chance de t’avoir comme amie. Je te trouve tellement courageuse devant les difficultés, tu es un exemple pour moi. Disons simplement que l’on pourrait un jour chanter ensemble le classique de Jean-Pierre Ferland « une chance qu’on s’a ».

Encore une fois, tu m’as fait réfléchir cette semaine. Ta dernière lettre m’a confirmé que la violence conjugale ne fait pas de discrimination, qu’elle touche les femmes de tous les âges et de tous les groupes sociaux, peu importe leur culture. En pensant à cette femme dont tu m’as parlé, je me disais qu’il n’a pas dû être facile pour elle d’apprendre la langue et de s’adapter à notre réalité culturelle alors qu’elle était victime de violence. C’est terrible de voir à quel point la dépendance économique et sociale découlant du parrainage l’a placée, dès le départ, dans un contexte de vulnérabilité. Personnellement, je me suis liée d’amitié au travail avec une femme immigrante qui est ici depuis plus de 10 ans. En discutant avec elle lors d’un dîner, j’ai été surprise par ce qu’elle me racontait. Je pensais à tort que ces femmes étaient moins vulnérables, qu’elles connaissaient les ressources d’aide… mais ce n’est pas toujours vrai. Parfois, elles ont peu de contacts en dehors de leur famille et se retrouvent encore très isolées. Malheureusement, cet isolement est souvent amplifié par les préjugés qu’elles doivent affronter. Cela me choque lorsque j’entends des gens, pourtant intelligents, justifier la violence et le contrôle d’un mari sous prétexte que ce serait culturel chez eux. Eh bien non, la violence n’est normale nulle part et pour personne !!! La violence conjugale n’est pas justifiable ! Le fait qu’elle soit malheureusement perçue comme socialement acceptable dans certains pays n’est pas une raison valable pour ne pas la dénoncer ici. Peu importe la culture d’origine, la violence conjugale est et reste, le désir du conjoint de maintenir le contrôle sur sa partenaire et d’obtenir des gains en utilisant des rapports de force.

Bon voilà que je m’emporte, mais que veux-tu, l’injustice me trouble. Mon amie me racontait que plusieurs choses ont heurté ses valeurs au départ, mais que l’adaptation est possible. Les femmes immigrantes doivent souvent faire face à une conception des rapports hommes femmes dans la société d’accueil qui diffère de celle de leur pays d’origine. Cette réalité fait en sorte que certaines mettront plus de temps avant de demander de l’aide. D’autant plus, si elles ont perdu toute estime d’elles-mêmes dans un contexte de violence conjugale ou si elles viennent dans un pays où la confiance envers les autorités a été ébranlée.

Mais heureusement, l’expérience de cette femme hébergée et celle de mon amie nous prouve que c’est possible ! Merci de m’avoir fait partager cette histoire inspirante. Comme toi, cette femme a démontré une grande force et je suis encore plus remplie d’espoir, pour toutes les femmes, peu importe leur provenance.

Continue d’être celle que tu es, si vraie, si authentique.

Élyse

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