Lettre à mon amie – 2

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Chère Élyse,

Comme toujours, notre rencontre au restaurant m’a fait énormément de bien. Tu me connais si bien. En discutant avec toi, j’ai pris conscience à quel point je tenais à cette promotion. C’est vrai que je travaille dans ce but depuis des années. J’ai enfin réussi à faire reconnaître mes compétences et à prouver qu’une femme peut réussir dans ce domaine. En te quittant, j’étais gonflée à bloc.

Après le souper ce soir-là, j’ai décidé de parler à Paul de ce que ce poste représente pour moi. Il m’a écoutée sans dire un mot et sans me regarder. J’ai eu l’impression qu’il était contrarié et mon enthousiasme a fait place à l’inquiétude. Quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait, il m’a dit que je ferais mieux d’aller coucher mon fils avant qu’il ne dérange les voisins avec ses jeux.

J’ai été un bon moment avec Samuel, car il a du mal à s’endormir depuis quelques mois. Finalement, lorsque je suis revenue au salon, Paul m’a dit qu’il était extrêmement déçu de voir que je faisais passer ma carrière avant ma famille. Il m’a crié que je devais bien peu les aimer pour les priver de ma présence pour un peu d’argent. J’étais consternée qu’il interprète mon désir d’avancement de cette façon. Je l’ai assuré de mon amour et j’ai voulu le prendre dans mes bras, mais il m’a repoussée brusquement. J’ai perdu l’équilibre et je me suis fait mal en tombant accidentellement sur la table à café.

Quand j’ai levé les yeux vers lui, j’ai cru un instant que Paul allait me frapper. Mais je me trompais, bien sûr. Il m’a aidée à me redresser et s’est excusé de m’avoir poussée. Il m’a prise dans ses bras et m’a avoué en pleurant qu’il souhaitait avoir un deuxième enfant. Il m’a dit que Samuel serait heureux d’avoir un petit frère, que j’étais une mère formidable et que cette promotion arrivait à un bien mauvais moment. Nous avons fini la soirée dans les bras l’un de l’autre en oubliant de prendre des précautions.

Bref, je ne sais plus où j’en suis. Je ne savais pas que Paul voulait un autre enfant. C’est vrai qu’une grossesse serait difficile à concilier avec ce nouveau poste, au moins pour la première année. Là-dessus, il n’a pas tord. Mais tu sais, ce n’est pas pour l’argent que j’aurais voulu accepter. On ne roule pas sur l’or et une augmentation aurait été bienvenue, surtout que mon petit héritage de matante a été investi dans le projet d’entreprise de Paul, mais j’aime ma famille et je suis prête à me priver de luxe pour les rendre heureux. J’ai de la peine de savoir que Paul en ait douté à cause de moi.

Excuse-moi de t’embêter encore avec mes incertitudes Élyse. Ne t’en fais pas, ça va aller maintenant. Ça m’a fait du bien de t’écrire, mais n’en parle à personne s’il te plait. Je vais faire un effort pour que ma prochaine lettre soit plus positive.

Amicalement,

Sylvia

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