Lettre à mon amie – 6

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Chère Élyse,

Je te remercie pour ton soutien et tes mots d’encouragement. Je suis toujours en réflexion et j’essaie de refaire mes forces. Je fais de mon mieux pour que ma baisse d’énergie n’ait pas trop de conséquences au travail et à la maison. Si je ne garde pas le rythme, la routine familiale est perturbée et Paul devient impatient.

Par ailleurs, j’ai été surprise de recevoir un appel du professeur de Samuel hier matin.

Elle souhaitait me rencontrer de toute urgence. Comme elle ne voulait pas m’en dire davantage au téléphone, je suis allée la rencontrer à l’école le jour même. J’étais inquiète. Quand je suis arrivée, les enfants étaient au gymnase et nous nous sommes installées dans la classe. Elle m’a expliqué qu’elle avait constaté des changements chez Samuel depuis quelques semaines. Lui, d’habitude si enjoué, est devenu irritable avec les autres enfants et il semble triste. Il lui arrive aussi de s’endormir pendant la lecture. Même les jeux l’intéressent de moins en moins et il se plaint souvent de maux de ventre.

La veille, la journée avait été particulièrement difficile et elle a dit à Samuel qu’elle devrait en parler à ses parents. Aussitôt, Samuel se serait mis à pleurer à chaudes larmes et à paniquer à l’idée que son père soit au courant de ses problèmes à l’école. Le professeur était étonné de voir qu’il avait surtout l’air inquiet pour moi. Samuel avait peur que son père s’en prenne à moi parce qu’il ne dormait pas et se comportait mal en classe. En tentant de le calmer, elle a compris qu’il ne voulait pas s’endormir avant d’être certain que son père dormait et qu’il n’y avait pas de danger qu’il me fasse mal.

J’étais effondrée et morte de honte. Je ne pensais pas que Samuel avait eu connaissance des disputes entre son père et moi. J’avais bien remarqué qu’il avait du mal à s’endormir dernièrement, mais jamais je n’aurais pensé que mon petit bonhomme portait tout ce poids sur ses épaules. Comment se fait-il que je n’aie rien vu ? En y repensant, je me souviens que Samuel avait l’air très inquiet il y a quelques semaines, lorsqu’il a constaté à son réveil que ma cheville était blessée. Je lui avais dit être tombée par accident et il ne m’avait pas posé de question. Est-ce qu’il a entendu quelque chose ce soir-là?

J’ai pensé à ça toute la nuit. Je dois discuter avec Samuel pour le rassurer et voir comment il se sent. J’espère trouver les mots. Qu’est-ce que tu lui dirais toi? Il a juste cinq ans. Son père et moi devrions lui apporter du réconfort, de la sécurité, pas de l’inquiétude et de la crainte. Je n’ai rien dit à Paul pour l’instant. J’avoue que je ne m’attends pas à une bonne réaction de sa part et je ne voudrais pas que Samuel se sente coupable d’avoir parlé à son professeur.

Moi qui croyais que mes sacrifices permettaient de maintenir un foyer stable pour mon fils, je suis très affectée par ce que j’ai appris. J’attends ta réponse avec impatience.

Sylvia

 

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